Portraits

Une séquence de lieux de travail favorables à l’inspiration

Patriarche. Office of Architecture

 

Jean-Loup, pouvez-vous vous présenter rapidement ?

Je m’appelle Jean-Loup Patriarche, je suis architecte et je dirige une société d’architecture.

Pouvez-vous présenter votre agence d’architecture ?

Je dirige une société d’architecture un peu atypique, car nous avons au sein de l’agence une approche du métier, globale et pluridisplinaire. 

Nous intégrons aussi bien des notions de sociologie, d’urbanisme et d’ingénierie que des notions d’art, de design et d’ambiance.

Qu’est-ce qui fait votre différence ?

Peut-être justement cette approche exhaustive voir éclectique du métier qui prend en compte toutes les composantes de l’art de construire et dans le respect de chacune d’entre elles. J’ai l’habitude de dire que pour nous le câble et le tuyau sont des éléments d’architecture au même titre que la fenêtre ou le mur.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

L’inspiration pour moi est sans doute une sorte de nuage fait de plusieurs composantes, dont l’une d’entre elle est sans doute la culture et l’histoire de l’art, mais les autres composantes sont beaucoup plus sensuelles et irrationnelles comme le bien-être du moment, le bien être intérieur, la beauté d’un paysage, la beauté d’un site, le génie d’un lieu, des rencontres humaines, que ce soit avec le client ou les populations environnantes, des odeurs, des couleurs et bien entendu le contexte du futur projet en général. 

Comment est votre espace de travail ?

J’attache beaucoup d’importance à l’espace de travail où qu’il soit, si petit qu’il soit. Personnellement j’ai besoin de mes outils de travail, de mes crayons, de papier neuf, de propreté (au sens de la page blanche). J’ai même un peu tendance à une certaine mise en scène de mon espace de travail qui inclue la lampe, le papier, le crayon, la tasse de café et l’ambiance sonore.

Ces éléments étant quasiment invariant je peux ensuite me trouver bien dans des lieux très différents, que ce soit dans un bureau que l’on me prête ou ma table de jardin et même pourquoi pas une tablette de TGV.

Par contre, pour des phases de conception pure, j’ai besoin d’un cadre plutôt agréable, on élimine là complètement la table de TGV ou le bureau que l’on me prête. 😉

J’ai souhaité que l’agence, voir les agences, puissent être des lieux de confort et de bien-être au travail, et que chacun des postes de travail puisse être mon propre poste de travail. Ainsi le mobilier choisi depuis une vingtaine d’année l’a été pour des raisons de design pérenne et de qualité d’usage avérée.

Qu’il s’agisse des tables, des fauteuils ou des appareils d’éclairage.

L’éclairage naturel est important de mon point de vue mais n’est pas indispensable au confort il y a des périodes de la journée où la chaleur d’une lumière artificielle compense largement les rayons du soleil.

Pensez-vous que le travail soit en train d’évoluer ? Comment voyez-vous le travail dans 20 ans ?

En tout cas, il est nécessaire que la notion de travail évolue, qu’on sorte de la notion du travail pénible et obligatoire pour rejoindre plutôt une notion d’un travail nécessaire pour le bien-être et l’équilibre de la personne. Au même titre que le sport ou la culture.

A ce titre-là, on peut comparer l’équipement d’un lieu de travail à celui d’une salle de sport, où pour obtenir une bonne performance on aura besoin des bons appareils.

Le travail doit évoluer aussi vers la notion d’envie, l’envie de travailler ou l’envie de bien travailler pour que ces notions s’allient avec des sentiments de réussite et d’accomplissement personnel.

Qu’est ce qui pour vous, fait une ambiance de travail ?

Il y a deux cas de figures, il y a le moment où l’on travaille seul et où l’on a besoin de calme et de sérénité, le moment de la concentration où l’on agite ses intuitions, ses inspirations, voir ses muses. Et d’autres moments où il s’agit de travail communautaire, travail en groupe ou travail au sein d’un groupe.

Donc dans chacun de ces 2 cas, les ambiances sont forcément différentes par essence mais dans tous les cas l’acoustique, l’éclairage, les odeurs, bref tout ce qui agite les sens auront leur importance.

Quel est pour vous l’environnement de travail idéal ?

Je pense que du fait que nous sommes tous les jours un peu différents, l’environnement de travail c’est celui qui nous convient ce jour-là, à ce moment-là. On sera toujours mal avec une chaise bancale, une mauvaise odeur… On peut se trouver mieux dans certains endroits un jour plutôt qu’un autre.

On peut être amené à être créatif un jour dans un fauteuil au milieu de son jardin et un autre dans son bureau entouré d’autres collaborateurs sur un bench de plusieurs personnes. Donc effectivement, je crois beaucoup à la pluralité des espaces et à la possibilité pour chacun de pouvoir exercer son métier dans des espaces différents. Bien entendu ce n’est pas possible pour tous les métiers, un chirurgien sera toujours chirurgien dans une salle d’opération, une caissière sera toujours assignée à sa caisse mais ça peut être le cas pour du personnel de bureau, qu’ils travaillent sur des postes informatiques ou sur du papier.

Comment imaginez-vous l’espace de travail idéal ?

Pour mon métier, l’espace de travail idéal ça peut être une planche sur 2 tréteaux ou une table de cuisine avec une chaise confortable. La table devra être suffisamment grande pour pouvoir y disposer le travail du moment, travailler avec 1 ou 2 personnes en micro réunion, et pouvoir recevoir quelques accessoires tel que pot de crayon ou verre ou tasse de café.

Qu’est-ce que ça implique de passer d’une petite agence à une agence de 160 personnes ?

Plus que les problèmes d’espaces, ce sont sans doute des sujets de relations humaines qui évoluent.

Puisqu’à 4 ou 5 personnes tout le monde connait tout et entend tout en même temps sur le même sujet ; à 160 personnes cela devient impossible donc la communication interne devient un sujet primordial.

Il est donc nécessaire de reséquencer la grosse agence en sections d’échelles préhensibles en évitant de faire plusieurs agences dans la même agence, il s’agira bien de créer des modules parties intégrantes d’un ensemble donc les espaces sont réfléchis à l’échelle du module, à l’échelle de l’ensemble avec notamment la possibilité d’un lieu suffisamment vaste pour réunir cet ensemble en un seul coup.

Et il faut également prévoir des lieux de liaisons entre les modules. Un lieu qu’on pourrait appeler interstitiel, afin que les modules rentrent en communication au mieux. Et lorsque les modules sont éloignés de plusieurs kilomètres ; il faut mettre en place des solutions électroniques : skype ou visio conférence mais ça n’empêche bien sûr pas l’organisation de réunions plénières périodiques, quelles soient formelles ou ludiques. 

Comment trouver l’équilibre entre la créativité et la structuration nécessaire à un projet ?

Ce sont des phases qui s’enchainent… La création c’est une phase amont dont au moins le concept initial a tendance à se faire de manière introvertie ou dans une discussion de think thank.

Par contre, le développement du projet nécessite ensuite effectivement la mise en place d’une organisation dédiée.

La création se nourrit de la désorganisation, puisque c’est justement dans des nœuds et dans des choix en arbre que l’on va prendre son chemin.

Mais une fois que le chemin est tracé ou que l’idée est clarifiée la composition se fait une partition musicale établie.

Comment décririez-vous votre architecture ?

Je pense que c’est une architecture simple et honnête au service d’un contexte au sens large, mais qui s’extrait du temps, des notions de mode et de temps. En tous cas c’est le but que je me donne.